C'était une heure après que Michel était parti pour
passer une soirée avec son nouvel ami, le Monsieur très fier
et sérieux, Ménalque. Il était entré sur la
pointe des pieds dans sa chambre, et il s'était mis sur le lit.
Il devait remarquer qu'elle transpirait avec profusion et que sa fièvre
était forte, mais c'était vrai que sa condition était
un peu meilleure que les jours précédants. Il avait chuchoté
très doucement qu'il avait promis qu'il passerait une dernière
soirée avec Ménalque, et qu'il y aurait une garde qui l'assisterait.
Puis, il était parti, et la chambre devenait vraiment froide et
vide.
-Je voudrais une maison permanente, dit-elle à elle-même,
avec un petit jardin. Elle imaginait une villa près d'un lac avec
les montagnes majestueuses autour
une maison simple et blanche, avec
beaucoup de fenêtres pour inviter les rayons de soleil
des chambres
avec pleine d'espace, et un bureau pour Michel
une librairie
un
jardin avec des arbres pour les enfants de monter, et-Un enfant ! Cette
pensée a interrompu sa fantaisie. Il y aurait un autre ; ils seraient
devenus une famille ! C'est une chose dont Marceline avait rêvé
depuis longtemps, mais qui jusqu'à maintenant était seulement
un rêve impossible. Elle se souvenait avec épuisement des
longs jours de voyages, les chemins interminables et les nuits courtes et
inquiètes passés dans des chambres suffocantes
elle se
demandait si Michel voulait un enfant, une famille, une habitation durable,
ou s'il était satisfait toujours de voyager de lieu en lieu comme
un vagabond. Toujours ils allaient quelque part, et elle apprenait qu'un
sens de sécurité lui manquait vraiment. Elle voulait vivre
simplement et proprement. Il y aurait des fêtes pour ses amis, parce
qu'elle avait besoin de la compagnie d'autres, et quelquefois ils dîneraient
avec des amis intimes. Le dimanche, ils iraient à la messe dans
l'église charmante du centre ville. Tout le monde serait confortable
et content
elle voulait vivre en effet, normalement
Tout à coup, il y a eu une douleur perçante dans son ventre.
Elle voyait avec terreur que les draps étaient trempés de
sueur, et elle a crié pour Michel. Il n'est pas venu ; à
la place la garde s'est réveillée abruptement de son petit
somme sur sa chaise et elle est allée brusquement à côté
d'elle. Marceline s'est mise en double et elle luttait pour respirer.
Sa fièvre empirait visiblement, et elle frissonnait irrésistiblement.
Immédiatement la garde a cherché le docteur, qui allait très
vite à la maison avec son aide, et bientôt la chambre était
occupée par quelques voix très graves et urgentes. Le docteur
essayait de la contrôler, mais avec chaque coup de douleur elle poussait
des hurlements. Pendant son angoisse grave, elle comprenait qu'il lui demandait
de sa grossesse. -Oui, a dit-elle avec effort, mais c'est trop tôt.
Il reste des mois encore. Mais le docteur était certain ; c'étaient
les douleurs d'accouchement.
La nuit passait lentement et terriblement. Parmi ses larmes, Marceline
pensait à Michel, pas avec aigreur à cause de son absence,
mais avec un désir ardent de sentir ses mains rassurantes dans les
siennes. C'était le moment où elle avait besoin de lui vraiment,
plus que pendant tous ses autres moments de misère, même plus
qu'il avait eu besoin d'elle quand il avait été gravement
malade. Croire à survivre ce moment si important et si déchirant
sans lui était impossible, et elle a fracassé quand elle a
pensé au Monsieur avec qui son mari passait le temps. Ménalque
-C'était, elle s'est rappelée avec difficulté, le grand
homme qu'elle a rencontré à la soirée, un homme très
fier et pas tellement sympathique. Il avait eu l'air sauvage, peut être
dangereux, comme s'il n'avait aucun soin pour personne que lui-même,
et d'ailleurs, il se comportait comme s'il savait tout. Elle ne savait
pas exactement pourquoi elle ne l'aimait pas, mais ses yeux étranges
l'ont gênée et elle ne lui se confiait. Il semble qu'il était
un de ces hommes qui cherchait toujours quelque chose d'autre, qui n'était
jamais satisfait, et qui n'avait aucun regret. On ne pouvait pas l'apprivoiser.
Et pendant que son corps entier faisait tremblait avec douleur, elle ne
pouvait rien faire que reconnaître que cet homme mystérieux
était la raison pour laquelle son mari n'était pas là
pendant ce moment grave.
Elle était vraiment en délire, et tout était étrangement
obscur. Elle entendait quelques voix et elle voyait des formes vagues qui
marchaient autour de la chambre, mais soudain son propre corps semblait
à être très loin d'elle. Des images riches et claires
flottaient dans sa tête : la maison de ses rêves, des montagnes,
des jours interminables de repos dans l'air frais, des petits enfants qui
couraient deçà et delà
Marceline voyaient le
visage de Michel, qui semblait sourire et parler doucement, mais avec une
douleur intense elle a ouvert les yeux et elle a vu le docteur qui se courbait
sur elle. Elle essayait de comprendre ce qu'il disait, et après
quelques moments, ses mots l'ont frappée avec violence : il n'y avait
d'enfant. Puis c'était presque le matin et Michel est finalement
rentré. Il se mettrait sur le lit une autre fois, mais à
ce moment, son soulagement était dominé par un vrai sens de
vide dans son corps infirme et dans son cur.