Une Nuit Avec Marceline
Tanya Fleisher


C'était une heure après que Michel était parti pour passer une soirée avec son nouvel ami, le Monsieur très fier et sérieux, Ménalque. Il était entré sur la pointe des pieds dans sa chambre, et il s'était mis sur le lit. Il devait remarquer qu'elle transpirait avec profusion et que sa fièvre était forte, mais c'était vrai que sa condition était un peu meilleure que les jours précédants. Il avait chuchoté très doucement qu'il avait promis qu'il passerait une dernière soirée avec Ménalque, et qu'il y aurait une garde qui l'assisterait. Puis, il était parti, et la chambre devenait vraiment froide et vide.
-Je voudrais une maison permanente, dit-elle à elle-même, avec un petit jardin. Elle imaginait une villa près d'un lac avec les montagnes majestueuses autour…une maison simple et blanche, avec beaucoup de fenêtres pour inviter les rayons de soleil…des chambres avec pleine d'espace, et un bureau pour Michel…une librairie…un jardin avec des arbres pour les enfants de monter, et-Un enfant ! Cette pensée a interrompu sa fantaisie. Il y aurait un autre ; ils seraient devenus une famille ! C'est une chose dont Marceline avait rêvé depuis longtemps, mais qui jusqu'à maintenant était seulement un rêve impossible. Elle se souvenait avec épuisement des longs jours de voyages, les chemins interminables et les nuits courtes et inquiètes passés dans des chambres suffocantes…elle se demandait si Michel voulait un enfant, une famille, une habitation durable, ou s'il était satisfait toujours de voyager de lieu en lieu comme un vagabond. Toujours ils allaient quelque part, et elle apprenait qu'un sens de sécurité lui manquait vraiment. Elle voulait vivre simplement et proprement. Il y aurait des fêtes pour ses amis, parce qu'elle avait besoin de la compagnie d'autres, et quelquefois ils dîneraient avec des amis intimes. Le dimanche, ils iraient à la messe dans l'église charmante du centre ville. Tout le monde serait confortable et content… elle voulait vivre en effet, normalement…
Tout à coup, il y a eu une douleur perçante dans son ventre. Elle voyait avec terreur que les draps étaient trempés de sueur, et elle a crié pour Michel. Il n'est pas venu ; à la place la garde s'est réveillée abruptement de son petit somme sur sa chaise et elle est allée brusquement à côté d'elle. Marceline s'est mise en double et elle luttait pour respirer. Sa fièvre empirait visiblement, et elle frissonnait irrésistiblement. Immédiatement la garde a cherché le docteur, qui allait très vite à la maison avec son aide, et bientôt la chambre était occupée par quelques voix très graves et urgentes. Le docteur essayait de la contrôler, mais avec chaque coup de douleur elle poussait des hurlements. Pendant son angoisse grave, elle comprenait qu'il lui demandait de sa grossesse. -Oui, a dit-elle avec effort, mais c'est trop tôt. Il reste des mois encore. Mais le docteur était certain ; c'étaient les douleurs d'accouchement.
La nuit passait lentement et terriblement. Parmi ses larmes, Marceline pensait à Michel, pas avec aigreur à cause de son absence, mais avec un désir ardent de sentir ses mains rassurantes dans les siennes. C'était le moment où elle avait besoin de lui vraiment, plus que pendant tous ses autres moments de misère, même plus qu'il avait eu besoin d'elle quand il avait été gravement malade. Croire à survivre ce moment si important et si déchirant sans lui était impossible, et elle a fracassé quand elle a pensé au Monsieur avec qui son mari passait le temps. Ménalque… -C'était, elle s'est rappelée avec difficulté, le grand homme qu'elle a rencontré à la soirée, un homme très fier et pas tellement sympathique. Il avait eu l'air sauvage, peut être dangereux, comme s'il n'avait aucun soin pour personne que lui-même, et d'ailleurs, il se comportait comme s'il savait tout. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle ne l'aimait pas, mais ses yeux étranges l'ont gênée et elle ne lui se confiait. Il semble qu'il était un de ces hommes qui cherchait toujours quelque chose d'autre, qui n'était jamais satisfait, et qui n'avait aucun regret. On ne pouvait pas l'apprivoiser. Et pendant que son corps entier faisait tremblait avec douleur, elle ne pouvait rien faire que reconnaître que cet homme mystérieux était la raison pour laquelle son mari n'était pas là pendant ce moment grave.
Elle était vraiment en délire, et tout était étrangement obscur. Elle entendait quelques voix et elle voyait des formes vagues qui marchaient autour de la chambre, mais soudain son propre corps semblait à être très loin d'elle. Des images riches et claires flottaient dans sa tête : la maison de ses rêves, des montagnes, des jours interminables de repos dans l'air frais, des petits enfants qui couraient deçà et delà… Marceline voyaient le visage de Michel, qui semblait sourire et parler doucement, mais avec une douleur intense elle a ouvert les yeux et elle a vu le docteur qui se courbait sur elle. Elle essayait de comprendre ce qu'il disait, et après quelques moments, ses mots l'ont frappée avec violence : il n'y avait d'enfant. Puis c'était presque le matin et Michel est finalement rentré. Il se mettrait sur le lit une autre fois, mais à ce moment, son soulagement était dominé par un vrai sens de vide dans son corps infirme et dans son cœur.