Erin Lechner
4/10/98
Je me regarde dans le petit miroir de l'hôtel. Il n'y a pas beaucoup
de lumière dans la chambre parce que mes yeux sont trop sensibles
à la clarté. Même dans l'obscurité, je sais
que la femme qui me regarde ne ressemble pas à la femme que j'étais
quand je me suis mariée à Michel. J'étais belle et
j'étais heureuse. Je me retourne du miroir ; de la femme pâle,
maigre et décharnée. Mes yeux sont creux parce que je suis
toujours fatiguée. Les sacs sous mes yeux sont là en permanence
comme si j'étais une vieille femme déjà.
Je porte ma chemise de nuit, quoiqu'il soit midi. J'avais chaud avec les
vêtements normaux. Je sais que ma fièvre augmente parce qu'au
milieu des vagues de chaleur il y a des coups de froid qui m'entourent comme
de l'eau. Je me noie dans les extrêmes de température. Mes
bras sont nus et la chair est blanche et presque irisée comme la
chair d'un enfant. Michel aime me toucher les bras, pas pour me calmer
mais pour son propre plaisir. Il les caresse tendrement depuis longtemps
et il regarde quelque chose dans la distance comme s'il essayait de se souvenir
d'un rêve qui échappe de sa tête. Les veines dans mes
bras sont bleues et ils palpitent faiblement avec la circulation du sang.
Je compte chaque palpitation de mon cur comme s'il était la
dernière. Il y a un écho dans ma tête avec chaque mouvement
de mon corps.
Je tousse toujours, mais maintenant c'est normal. C'est comme le cri d'un
enfant ; on pense le pire si l'enfant est silencieux. Ma tousse est une
affirmation pénible que je vis encore. Quelques fois je crache du
sang, mais je ne veux pas que Michel le sache. Je tousse violemment et
Michel entre de l'autre pièce. Il me regarde avec pitié comme
si j'étais un chien attrapé dans un piège. Il n'y
a plus d'espoir de vivre mais je souris à Michel donc il pense que
je me sens bien. Il sourit aussi mais il est hésitant et nerveux.
Je sais qu'il s'inquiète au sujet de ma santé. Je ne suis
pas si forte comme lui. Moi, je n'ai plus la force de me guérir.
Michel essaie de m'aider mais je ne veux pas à battre dans cette
bataille. J'ai assez vécu.
Quand Michel était malade depuis si longtemps, je savais qu'il se
guérirait. Il avait une détermination comme personne d'autre.
Il voulait vivre ; on pouvait le voir dans ses yeux. Michel a combattu
sa maladie comme si c'était la plus féroce ennemie de sa vie.
Il me disait que je ne devais pas prier pour sa santé. Mais je
savais qu'il guérirait donc j'ai prié pour son salut. Il
avait rejeté Dieu pour se guérir lui-même, et c'était
pour cela que je priais pour Michel. Je ne prie pas souvent pour moi-même.
Je m'inquiète pour Michel. Il est changé de l'homme avec
qui je me suis mariée. Il est devenu silencieux et dissimulé
comme s'il essayait de me cacher. Il pensait que j'endormais et il se glisse
de la chambre. Je me demande ce qu'il fait mais je ne peux pas trouver
de réponse. Pourquoi est-ce qu'il rôde comme un voleur ?
Quel est son secret ? Je ne peux pas le lui demander.
Nous voyageons trop et ma santé souffrait, mais je ne dis rien à
Michel. Ni la ville, ni la compagne ne peuvent me guérir. Je reste
dans une chambre d'hôtel toujours et je pense à ma vie avec
Michel. C'est toujours une chambre différente d'un hôtel différent
mais elles sont toutes la même. Souvent, je me sens attrapée
dans l'hôtel comme si j'étais ce chien dans le piège.
Je reste dans mon lit et je pense à mon enfant mort et au vide dans
mon sein et dans mon âme. J'ai perdu mon enfant et Michel n'était
pas là. Encore, je déteste à penser qu'il était
avec Ménalque quand notre enfant a quitté la vie. Je me sens
amère envers Michel mais je ne le lui dis pas. Je lui parle avec
mes yeux parce que je l'aime trop pour dire mes sentiments avec des mots.
Je ne veux pas le forcer plus loin de moi, donc je le laisse mener sa vie
de discrétion. Je ne sais pas ce qu'il fait ; s'il a une maîtresse
ou s'il ne m'aime simplement plus. Mais je l'aime encore et quelquefois
je pense qu'il m'aime aussi à sa façon. Il touche mes bras
comme s'ils étaient les bras d'un enfant chéri ; comme s'il
était mon père. C'est à ces moments-là que
mon corps a mal partout, et je ne veux qu'avoir un enfant pour le plaisir.
Je ne peux pas toujours être dans les chambres des hôtels.
Dans chaque hôtel il y a une odeur de maladie qui reste quoique les
femmes de ménage fassent la chambre tous les jours. Je vais au jardin
pour respirer de l'air pur et frais. Michel aime bien les jardins et il
reste là depuis heures comme s'il était toujours en train
de penser. Je suis faible, donc je saisisse la grille d'escalier jusqu'au
mes articulations devienne blanches comme l'os nu. J'entre dans le jardin
et mes yeux sont choqués par la lumière si fort du soleil.
Le vent n'arrête pas de souffler et je deviens fatiguée.
L'odeur de fleurs me frappe et je suis pris de vertige. L'odeur et les
couleurs encerclent ma tête et les larmes tombent de mes yeux. Je
suis seule et le monde tourne autour de moi.
Je retourne à ma chambre, les yeux fermés. Mes mains cherchent
le chemin précipitamment dans les mouvements d'une folle. Michel
me regarde, surpris, quand je m'affaisse au lit et j'ouvre mes yeux. Les
larmes coulent encore. « Qu'as tu ? Ma pauvre Marceline » me
demandait-il. Je réponds dans la honte «l'odeur de ces fleurs
me fait mal ». Je me sens pathétique dans ma maladie mais
Michel m'approche et m'embrasse. Je souris et mes larmes s'arrêtent
pour le moment.