Jessica Stahl
Voyage de noces
Je me souviens bien du jour de mon mariage. Mon mari s'appelle Michel.
Nos familles étaient toujours liées, alors je le connais
depuis longtemps. Le mariage s'est célébré dans une
petite église de la campagne près d'Angers. On a mangé
un grand dîner chez moi après la cérémonie.
Il s'est bien passé. Cependant, j'ai tout de suite trouvé
que Michel était un peu bizarre. Par exemple, le soir du mariage
nous avons dormi dans des chambres séparées, alors nous n'avons
pas consommé notre mariage pendant la nuit de noces. Je n'ai pas
du tout compris, mais j'ai fait ce que mon mari a voulait.
Vous ne savez pas beaucoup de Michel, alors, je vais raconter des histoires.
Il a vingt-quatre ans, seulement quatre ans plus que moi. Il a mené
une enfance assez simple. Il a perdu sa mère à l'âge
de quinze ans, et il a vécu seul avec son père après.
Son père était historien, et les deux ont voyagé beaucoup
ensemble. Juste avant notre mariage, le père est tombé malade,
et nous lui avons rendu visite. Il était très heureux de
voir que son fils se mariait avec moi. Michel était content parce
qu'il a fait plaisir à son père, alors moi aussi, j'étais
heureuse. Après que nous lui avons rendu visite j'ai prié
pour le père du Michel pour qu'il guérisse, mais Dieu l'a
pris quand même. Pendant les funérailles, Michel est resté
composé et plein de dignité. Nous avons découvert
qu'il est riche parce que son père a laissé beaucoup d'argent
et il est le seul héritier. Néanmoins, quand nous sommes
rentrés chez lui, il a pleuré. Je l'ai consolé.
Une semaine après notre mariage, nous avons embarqué pour
Biskra. Je me souviens bien de ce voyage. Nous sommes partis dès
l'aube. C'était un jour extraordinaire avec un soleil chaud et l'eau
si claire qu'on peut voir le fond de la mer-un matin où on est vraiment
heureux d'être vivant. Nous sommes allés par un bateau de
Carthage, où Michel a voulu voir des ruines romaines. Les choses
comme ça lui faisent plaisir, comme historien. Moi, j'ai cru que
c'était bien intéressant, et je me souviens que c'était
ici que Michel et moi avons vraiment commencé à parler. Nous
n'avons pas beaucoup su l'un à l'autre jusqu'à ce point.
C'était une bonne conversation et après j'ai remarqué
qu'il est gentil et qu'il a un bon cur. Je ferais n'importe quoi
pour lui-sans doute, parce qu'il est mon mari, et parce que je l'aimais.
Après ce jour-là, je crois que le mariage a vraiment commencé.
Nous étions vraiment un couple, pas des étrangers qui se
sont mariés par hasard. En partant de Carthage, Michel m'a regardée
en souriant. Je me suis approché de lui et je l'ai regardé
dans les yeux. Il m'a donné un baiser sur les paupières.
C'était à ce moment-là que je savais qu'il m'aimait
aussi; avant je croyais qu'il ne pouvait pas me tolérer et que je
l'irritais.
Nous ne sommes pas arrêtés à Timgad parce qu'il a fallu
gagner Sousse. De Sousse, nous avons pris une diligence qui a pris huit
heures. Nous sommes arrivés à El Djem à une heure
du matin et nous y avons passé une nuit affreuse. Cette nuit-là,
le temps a vraiment changé. Le vent était bien fort, et les
vitres ont claqué sans cesse.
Le lendemain, la diligence est repartie sous un ciel sans soleil. L'air
sentait la pluie, mais les nuages ne semblaient pas prêts à
s'ouvrir. Michel m'a paru un peu fatigué, mais il regardait vers
la fenêtre quelque chose d'important dans l'histoire dont je ne sais
rien. Moi, j'ai commencé à lire un livre anglais que j'avais
apporté avec moi.
Après quelques heures, je me suis fatiguée de lire et, parce
que Michel s'est assis à côté de moi, j'ai laissé
ma tête rester sur son épaule. Au moment où j'étais
entre le sommeil et le réveil, Michel a commencé de tousser
violemment. Je me suis réveillée, mais je n'ai ni ouvert
les yeux, ni levé la tête parce que je ne voulais pas lui faire
peur par mes mauvaises pensées. Puis, il a commencé `a cracher
; c'était nouveau. C'était comme un coup de tonnerre qui
a réverbéré dans toute sa poitrine! L'effroi m'a pris
tout à coup, mais je n'ai rien dit parce qu'il m'a cru endormie.
Les pensées ont couru dans ma tête comme une tornade. «Qu'est-ce
qu'il a? Pourquoi est-ce que quelque chose de mauvais se passe maintenant?
Hier s'est si bien passé! J'espère qu'il n'est pas trop
malade.» Les crachats ont continué depuis pendant quelques
secondes encore, et puis ont arrêté. J'ai commencé
à prier pour lui, parce que j'avais de la foi que Dieu l'aiderait
à guérir. Je ne voulais pas le perdre comme il venait de
perdre son père. Puis, nous avons dû descendre de la diligence.
En ville, Michel a voulu du thé et quand nous nous sommes assis,
je l'ai regardé, attendant qu'il me raconte ce qui s'était
passé pendant que je dormais. Il a soudain pâli, et il m'a
dit, «J'ai craché le sang, cette nuit.» C'était
pire que je ne croyais! Ma tête a commencé à tourner
et je suis tombée vers le plancher. Michel s'est élancé
vers moi en criant «Marceline! Marceline!» et il m'a pris la
main. Nous sommes tout de suite allés à l'hôtel où
je l'ai mis dans son lit parce qu'il avait de la fièvre, et j'ai
cherché le major, qui nous a examinés tous les deux. Il a
dit que j'allais bien mais que nous devons chercher un médecin pour
Michel. Après que le médecin est venu voir Michel, il s'est
endormi. Le médecin m'a dit que Michel avait la tuberculose. Il
m'a dit de le soigner, et puis il est parti.
J'ai commencé à pleurer sans cesse; j'étouffais mes
sanglots pour ne pas réveiller mon mari. J'ai recommencé
à prier pour lui. C'est aux moments comme celui-ci que je demande
l'aide de Dieu pour continuer. Quand Michel s'est réveillé,
je l'ai assurai qu'il guérirait et que je m'occupais des détails
pour continuer notre voyage jusqu'à Biskra.
En arrivant à Biskra, j'ai mis Michel dans sa chambre. Il avait toujours des difficultés à respirer, et il continuait à cracher le sang. Il ne s'est pas amélioré, et je suis allé à la messe pour demander à Dieu de l'aider. Quand je suis revenu chez nous, je suis allé le regarder dans son lit. Dans la chambre ténébreuse, je n'ai pas vu les mouvements de Michel et je l'ai cru mort. Je me suis mise à côté de lui et j'ai sorti mon chapelet. Tout à coup, il a ouvert les yeux, et m'a dit:
«Il ne faut pas prier pour moi, Marceline.
--Pourquoi? Ai-je dit.
--Je n'aime pas les protections.
--Tu repousses l'aide de Dieu?
--Après, il aurait droit à ma reconnaissance. Cela crée des obligations; je n'en veux pas.
Mon cur a été brisé. Comment mon mari pouvait-il
dire ceci du Dieu que j'aime, et qui m'aime? Je ne savais point quoi faire.
J'ai voulu pleurer, mais j'ai répondu «Tu ne guériras
pas tout seul, pauvre ami.» Juste au point où les larmes commençaient
à rouler, il m'a répondu: «Tu m'aideras.» Nous
avons échangé un sourire, et je savais que tout irait mieux.