le 4 novembre :
Nous sommes arrivés ici à Biskra hier soir. C'était
un voyage terrible. Michel est tellement malade, il ne pourrait guère
s'asseoir. Quand nous sommes arrivés, il était comme mort.
Nous avons mangé un petit peu, et ensuite nous sommes retirés
assez tôt. Nous étions tous les deux très fatigués.
Pendant la nuit, je pouvais entendre Michel tousser. Je crois qu'il souffre
beaucoup ; il a craché du sang encore. Je me souci de lui ; le médecin
a dit que c'est probable qu'il ne va pas guérir. Moi, j'essaye de
le convaincre qu'ici, il va guérir. C'est une bonne atmosphère,
et je prie Dieu presque constamment pour le salut de mon mari. Il est tuberculeux,
et la majorité des gens ne guérissent pas de cette maladie
horrible.
Je ne sais pas ce que je ferais sans lui ; il est tellement une grande
partie de ma vie maintenant. J'admette, quand nous nous sommes mariés,
je ne le connaisais pas vraiment. La vraie raison pour laquelle je me suis
mariée était pour l'argent. Maman et Papa ne pouvaient plus
subvenir aux besoins de moi et tous les autres enfants ; il fallait que
je me marie. Michel avait beaucoup d'argent, et il semblait assez sympathique.
Mais maintenant, je crois que je suis tombée amoureuse, pour la
première fois de ma vie. Michel est si sympathique, mystérieux,
et intéressant, ce n'est pas seulement mon devoir de prendre soin
de lui, mais c'est ce que je veux faire !
Aujourd'hui j'ai passé presque toute la journée à
ses côtés. Il dort beaucoup, donc j'avais du temps pour explorer
la ville. C'est vrai que je ne voulais pas le laisser seul, mais c'est
terriblement ennuyeux de m'asseoir à côté de lui pendant
qu'il dort. Alors, je suis allée à la ville à peu
près à 14 heures, où j'ai fait la connaissance de quelques
personnes. Je suis vraiment une étrangère dans cette culture
; c'est tout à fait différent de notre vie parisienne. Tous
les enfants, quand ils sont sortis de l'école, ont joué dans
les rues, et m'ont regardé curieusement. Je crois que j'étais
un petit peu d'une nouveauté pour eux. Je leur ai parlé,
et j'ai fait quelques amis parmi eux. C'était facile de leur parler,
surtout quand on leur offre de l'argent. J'ai particulièrement aimé
les petits qui étaient intelligents, charmants, et beaux. Un, qui
s'appelait Bachir (je crois), m'a frappé comme un petit enfant très
intelligent et exceptionnellement beau. Soudain, une idée m'a frappée
: peut-être que je pourrais amener un ou deux de ces petits enfants
chez nous, pour amuser Michel. Mais, alors, pas encore ; Michel est encore
trop faible, et je ne voulais pas le fatiguer ou lui déplaire.
Quand je suis revenue à notre appartement, Michel dormait assez
doucement. Il ne toussait pas plus que d'habitude, et je crois que peut-être
il guérit un peu. Je l'espère de tout mon cur. Quand
Michel s'est réveillé, nous avons mangé un peu de dîner,
mais il dit qu'il n'a pas très faim. Il ne peut rien faire sauf
se poser sur son lit, et me regarder. J'écris ce journal, je lis,
et je couds. De temps en temps, je lui lis quelques phrases intéressantes,
mais je crois qu'il ne s'y intéresse pas beaucoup. Finalement, c'était
la nuit, et je me suis retirée à ma chambre à coucher
pour finir cette inscription de journal.
le 10 décembre :
Hier j'ai amené Bachir à notre appartement. Michel était
au commencement un peu gêné, et Bachir aussi, mais je crois
qu'ils sont devenus plus à l'aise après un peu de temps.
Je les ai laissés seuls, donc je ne sais pas vraiment ce qui s'est
passé entre eux. Mais je sais qu'aujourd'hui, Michel semblait mal
à l'aise, et a demandé si Bachir vient aujourd'hui. J'étais
un peu surprise par cette question, mais j'ai répondu que je pouvais
chercher Bachir si Michel le voulait. Donc, je suis allée dehors,
mais je ne pouvais pas trouver Bachir. Quelques-uns de ses amis m'ont dit
que presque tout le monde est revenu chez lui déjà, parce
que c'était quelques heures depuis qu'ils étaient sortis de
l'école. Michel était triste, mais je lui ai promis que Bachir
reviendrait demain.
Cette journée-ci est comme presque tous les autres. Je m'assois
à côté de Michel, j lis, j'écris. Michel devient
de plus et plus fort ; il peut maintenant se lever ! Je crois que le médecin
a peut-être tort en disant que Michel ne guérira pas. Je sens
un changement en lui. Il devient plus déterminé à
vivre et à guérir.
le 15 décembre :
Ce matin je suis allée à l'église. Bien que ce ne
soit pas le même que notre église, ça suffit. J'ai
beaucoup prié pour Michel, et quand je suis revenue, je le lui ai
dit. Mais j'ai peur parce que je crois qu'il repousse l'aide de Dieu.
Il dit qu'il ne faut pas prier pour lui, qu'il peut se guérir soi-même.
Cela m'effraie. Je vais continuer à prier pour lui, mais je ne
le lui dirai pas.
Quelques jours sont passés, Bachir est revenu. Je croyais qu'il
pouvait aider Michel à se guérir, mais je vois maintenant
que Michel seul peut s'aider. Il est devenu encore malade, et Bachir devait
partir. Il repousse l'aide de toute autre personne, y compris Dieu. Je
crois que je suis peut-être la seule qui peut l'aider. Il le dit
lui-même : « Tu m'aideras. » Je vais continuer à
consacrer mon temps à lui, et je vais essayer de lui plaire. J'espère
qu'il ne va pas me repousser aussi.