Kate Wright
le 10 avril, 1998

LE JOURNAL DE MARCELINE


le 4 novembre :
Nous sommes arrivés ici à Biskra hier soir. C'était un voyage terrible. Michel est tellement malade, il ne pourrait guère s'asseoir. Quand nous sommes arrivés, il était comme mort. Nous avons mangé un petit peu, et ensuite nous sommes retirés assez tôt. Nous étions tous les deux très fatigués. Pendant la nuit, je pouvais entendre Michel tousser. Je crois qu'il souffre beaucoup ; il a craché du sang encore. Je me souci de lui ; le médecin a dit que c'est probable qu'il ne va pas guérir. Moi, j'essaye de le convaincre qu'ici, il va guérir. C'est une bonne atmosphère, et je prie Dieu presque constamment pour le salut de mon mari. Il est tuberculeux, et la majorité des gens ne guérissent pas de cette maladie horrible.
Je ne sais pas ce que je ferais sans lui ; il est tellement une grande partie de ma vie maintenant. J'admette, quand nous nous sommes mariés, je ne le connaisais pas vraiment. La vraie raison pour laquelle je me suis mariée était pour l'argent. Maman et Papa ne pouvaient plus subvenir aux besoins de moi et tous les autres enfants ; il fallait que je me marie. Michel avait beaucoup d'argent, et il semblait assez sympathique. Mais maintenant, je crois que je suis tombée amoureuse, pour la première fois de ma vie. Michel est si sympathique, mystérieux, et intéressant, ce n'est pas seulement mon devoir de prendre soin de lui, mais c'est ce que je veux faire !
Aujourd'hui j'ai passé presque toute la journée à ses côtés. Il dort beaucoup, donc j'avais du temps pour explorer la ville. C'est vrai que je ne voulais pas le laisser seul, mais c'est terriblement ennuyeux de m'asseoir à côté de lui pendant qu'il dort. Alors, je suis allée à la ville à peu près à 14 heures, où j'ai fait la connaissance de quelques personnes. Je suis vraiment une étrangère dans cette culture ; c'est tout à fait différent de notre vie parisienne. Tous les enfants, quand ils sont sortis de l'école, ont joué dans les rues, et m'ont regardé curieusement. Je crois que j'étais un petit peu d'une nouveauté pour eux. Je leur ai parlé, et j'ai fait quelques amis parmi eux. C'était facile de leur parler, surtout quand on leur offre de l'argent. J'ai particulièrement aimé les petits qui étaient intelligents, charmants, et beaux. Un, qui s'appelait Bachir (je crois), m'a frappé comme un petit enfant très intelligent et exceptionnellement beau. Soudain, une idée m'a frappée : peut-être que je pourrais amener un ou deux de ces petits enfants chez nous, pour amuser Michel. Mais, alors, pas encore ; Michel est encore trop faible, et je ne voulais pas le fatiguer ou lui déplaire.
Quand je suis revenue à notre appartement, Michel dormait assez doucement. Il ne toussait pas plus que d'habitude, et je crois que peut-être il guérit un peu. Je l'espère de tout mon cœur. Quand Michel s'est réveillé, nous avons mangé un peu de dîner, mais il dit qu'il n'a pas très faim. Il ne peut rien faire sauf se poser sur son lit, et me regarder. J'écris ce journal, je lis, et je couds. De temps en temps, je lui lis quelques phrases intéressantes, mais je crois qu'il ne s'y intéresse pas beaucoup. Finalement, c'était la nuit, et je me suis retirée à ma chambre à coucher pour finir cette inscription de journal.


le 10 décembre :
Hier j'ai amené Bachir à notre appartement. Michel était au commencement un peu gêné, et Bachir aussi, mais je crois qu'ils sont devenus plus à l'aise après un peu de temps. Je les ai laissés seuls, donc je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé entre eux. Mais je sais qu'aujourd'hui, Michel semblait mal à l'aise, et a demandé si Bachir vient aujourd'hui. J'étais un peu surprise par cette question, mais j'ai répondu que je pouvais chercher Bachir si Michel le voulait. Donc, je suis allée dehors, mais je ne pouvais pas trouver Bachir. Quelques-uns de ses amis m'ont dit que presque tout le monde est revenu chez lui déjà, parce que c'était quelques heures depuis qu'ils étaient sortis de l'école. Michel était triste, mais je lui ai promis que Bachir reviendrait demain.
Cette journée-ci est comme presque tous les autres. Je m'assois à côté de Michel, j lis, j'écris. Michel devient de plus et plus fort ; il peut maintenant se lever ! Je crois que le médecin a peut-être tort en disant que Michel ne guérira pas. Je sens un changement en lui. Il devient plus déterminé à vivre et à guérir.

le 15 décembre :
Ce matin je suis allée à l'église. Bien que ce ne soit pas le même que notre église, ça suffit. J'ai beaucoup prié pour Michel, et quand je suis revenue, je le lui ai dit. Mais j'ai peur parce que je crois qu'il repousse l'aide de Dieu. Il dit qu'il ne faut pas prier pour lui, qu'il peut se guérir soi-même. Cela m'effraie. Je vais continuer à prier pour lui, mais je ne le lui dirai pas.
Quelques jours sont passés, Bachir est revenu. Je croyais qu'il pouvait aider Michel à se guérir, mais je vois maintenant que Michel seul peut s'aider. Il est devenu encore malade, et Bachir devait partir. Il repousse l'aide de toute autre personne, y compris Dieu. Je crois que je suis peut-être la seule qui peut l'aider. Il le dit lui-même : « Tu m'aideras. » Je vais continuer à consacrer mon temps à lui, et je vais essayer de lui plaire. J'espère qu'il ne va pas me repousser aussi.